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En attribuant le premier prix dans la catégorie « Problématiques contemporaines » à la série consacrée à Charleroi du photographe Giovanni Troilo le World Press Photo, organisme qui depuis 60 ans représentait l’excellence en photojournalisme, a perdu l’estime de nombreuses personnes concernées par le photojournalisme.

Si après de nombreuses remarques, articles, preuves, … concernant le fait que certaines photos présentées étaient mises en scènes et pas du reportage le prix a finalement été retiré par la fondation néerlandaise du WPP ce n’est pas par ce que certaines images ont été mises en scène mais par ce que l’une d’elle a été prise à Bruxelles et pas à Charleroi.

Petit retour en arrière sur cette saga …

La série de dix photos montrait un visage peu flatteur de la ville de Charleroi. La série a disparu du site du WPP mais elle est visite en partie sur le site de La Libre ou sur le site du photographe.
Pour ma part ce sont principalement 3 photos qui posaient question : celles d’un couple faisant des galipettes dans une voiture sur un parking, celle d’un homme corpulent chez lui torse nu et celle ou on voit un homme torse nu une arme à la main.
Non pas qu’on ne puisse pas trouver à Charleroi des personnes armées ou de couple faisant des galipettes sur un parking, ça doit se trouver comme dans beaucoup de villes du monde mais c’est la façon dont la scène est éclairée qui pose question concernant le fait qu’il ne s’agisse pas de mise en scène.

Prié de se justifier le photographe a fourni plus de précisions sur certaines images. Pour celle du couple sur le parking par exemple il indique avoir suivi son cousin et placé un flash à l’intérieur du véhicule.
Mais plus généralement il indique aussi que pour certaines photos il était présent au moment où l’action s’est déroulée (« Some scenes just happened in front of the camera (policemen, clinic, pills, and buildings) and I just found the way to be in the right place ») et que pour d’autres un dialogue a été nécessaire pour mettre en scène le portrait.
Pour la photo de l’homme corpulent, torse nu, assis sur une chaise ; interrogé l’homme explique que c’est le photographe qui lui a demandé de se mettre torse nu pour la photo et qu’il avait indiqué que ce n’était pas un reportage.

Bref la mise en scène est avouée/avérée mais malgré ces premières explications WPP a d’abord confirmé le prix indiquant entre autres le 1er mars « The contest requires photojournalists do not stage pictures to show something that would otherwise have not taken place. » ce qui a semé encore plus le trouble.
On peut l’interpréter comme le fait que les photojournalistes ne doivent pas mettre en scène des photos pour montrer quelque chose qui ne se serait pas produit. Autrement dit cela peut être une porte ouverte pour reconstituer des scènes dont on sait qu’elles existent mais qui n’ont pas pu être photographiées …

Le WPP a été obligé de rectifier le tir du communiqué précédent en précisant qu’il n’était pas acceptable pour les participants de tromper en mettant en scènes leurs photos.
Ce principe de photos non posées dans le cadre du photojournalisme, est exposé en long et en large dans tous les ouvrages de photojournalisme que j’ai pu consulter, je trouve donc très étonnant que cela n’ait pas fait tilt auprès du jury pourtant composé de pointures de la discipline.

Finalement ce n’est pas le fait que certaines scènes soient posées, organisées qui va entrainer le changement de cap de WPP, c’est le fait qu’une des photos prétendument prise à Charleroi aie en réalité été prise à Bruxelles, sans aucune remarque concernant le fait que certaines photos sont posées ce qui est pourtant le plus gros reproche fait à cette série par les photojournalistes.

Comme pour la manipulation d’images (qui représentait environ 20% des images présentées au WPP), espérons que cette polémique débouchera sur quelque chose de positif pour le monde du photojournalisme.

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